Accès libre à la STM? D'après ce qu'on peut en lire sur le blogue de Richard Martineau du Journal de Montréal, les chauffeurs de la STM doivent se plier aux consignes suivantes: Exaspéré, un chauffeur se demande pourquoi il devrait encore percevoir les entrées, puisque qu'il n'a même pas le pouvoir d'exiger le paiement! D'autres témoignages viennent ponctuer la découverte du JdeM concernant la faiblesse des mesures de rétorsion de la STM. On raconte que certains changeurs avaient provoqué le mécontentement des usagers.es en s'investissant eux-même d'une mission coercitive. Ayant déclaré la guerre aux sans-ticket, leur intolérance leur avait valu les foudres d'autres voyageurs. On imagine que les empoignes verbales et les suppliques des voyageurs outrés, causaient des délais inhabituels. Quelques plaintes avaient éveillé la STM qui n'a pas tardé à casser cette initiative.
UNE RÈGLE NON ÉCRITE Malgré l'amende salée que risque un contrevenant, la consigne en vigueur laisse présager qu'on préconise un équilibre entre la règle tarifaire absolue et l'efficacité du service. On comprend que la nécessité d'assurer la fluidité d'accès n'autorise pas d'improviser des barrages intempestifs. On constate aussi que la STM n'entends pas faire une guerre ouverte aux sans-ticket. Pour certain.es encore outré.es par cette attitude disons que tout service public qui se respecte, n'est pas à la recherche de la profitabilité. Il est essentiellement à la recherche de l'efficacité. Or il n'y a pas de perte réelle à l'échelle sociale quand on autorise le libre accès au TC (transports collectifs). Il y aurait même un gain d'efficacité significatif a donner du transport à plus de personnes, à moindre coût. Le manque apparent de recettes dans la comptabilité de la STM est trompeur. Il sera compensé par des gains provenant d'autres secteurs d'activités. L'appariement de la société de transport n'aura qu'à se faire à même des transferts publics puisés ailleur dans la société. En somme la tolérance à l'infraction tarifaire ne fait pas de victime, de perte d'emploi ou de profit. | Pas de ticket ? Pas de problème ! | D'un autre point de vue, on remarque que le «laissez passer» résoud un bien plus grand nombre de problèmes qu'il n'en cause en réalité. D'une part le chauffeur assure son service sans confrontation et sans coercition tarifaire; d'autre part, les voyageurs ont théoriquement accès, en toutes circonstances, à un moyen de transport sécuritaire, sans contrainte et sans paiement obligé. LA SÉCURITÉ DES PERSONNES D'ABORD | Pas de ticket ? Pas de danger ! | Inversement, on pourrait argumenter que c'est plutôt l'intransigence tarifaire, vis à vis des sans-ticket, qui créer des situations délicates pour la collectivité. Quant on internalise les externalités, comme disent les économistes, on réalise que pour un manque à percevoir de 2.75$ on augmente le risque d'avoir à compenser les effets de cette discrimination. Comme on n'a aucune idée de l'urgence qui presse les personnes en défaut de paiement, leur refoulement systématique crée un potentiel de coûts sensiblement démesurés par rapport à la somme en défaut. Face à l'inconnu de toutes les circonstances individuelles, mieux vaut pencher du côté de la précaution et de la prévention en choisissant de tolérer les sans-ticket. Ultimement, on sait que sur l'ensemble des activités humaines, la facture sociale sera collectivement mieux répartie et globalement beaucoup moins lourde. MAIS QUELLE ALTERNATIVE? Loin de faire l'apologie de cette approche, constatons dans cette histoire qu'on est encore loin d'une approche universelle, non contraignante oeuvrant dans les meilleurs intérêts des populations. La tolérance prétendue à l'évasion tarifaire est encore largement contenue dans l'arbitraire et l'humeur du personnel, conducteurs d'autobus et changeurs de métro. La consigne est d'abord administrative et elle n'épargne pas les voyageurs de subir la hargne du personnel. Les propos racistes et les remarques désobligeantes sont le lot quotidien de nombreux usager.es. qui passent au «rouge». Au mépris des premiers on ajoutera la répression organisée par ces nouveaux agents qui embusquent les portes et les tourniquets. Visiblement, on a recours a un arsenal plus efficace que les changeurs pour traquer les sans-ticket et leur asséner des constats à 150$ pièce. Décidément on repassera pour une véritable politique de tolérance et d'accès universel. C'est d'autant plus désolant de faire ce constat que pour nombre de besoins primaires, la société s'est déjà dotée de mécanismes de gratuité et d'universalité des services. On trouve à se loger, à se nourrir, à s'habiller, tout ça aux frais d'organismes communautaires subventionnés par les deniers publics. L'approche de dernier recours largement répandue dans notre société, n'a cependant pas d'écho à la STM qui détient le monopole des TC à Montréal. À ce titre il faut réclamer haut et fort que la STM endosse sa responsabilité d'organisme public et qu'elle assure un service général, universel, indiscriminé, à toutes les personnes ayant un besoin impérieux de transport. | Pas de ticket ? Pas de ticket ! | Dès lors qu'il y a nécessité, la STM n'a plus d'autorité morale pour refouler les passager.es, ni juger de l'importance de leur besoin de transport. Dans pareil cas la STM ne peut pas se défiler derrière son règlement. Elle doit, en tant que pourvoyeur d'un service d'intérêt général, renoncer à ses pratiques de répression et concéder le libre accès à ses équipements. La STM doit acquitter toute personne qui n'a pas de titre valide et lui accorder un service de dernier recours comportant tous les égards. À défaut d'un libre accès universel, il appartient à la STM de soutenir le droit à la mobilité de toutes les personnes et d'offrir sa protection aux voyageurs sans-ticket. À l'évidence cette politique n'existe pas à la STM. Tant que cette situation perdurera, la population sera dans l'obligation légitime de ne pas respecter le règlement tarifaire. Au besoin, elle sera forcément conduite à contourner les barrières physiques des installations de la STM. Considérant sa sécurité propre, la poursuite de ses activités légitimes, les impératifs de la vie moderne, il n'y a pas de doute, le libre accès l'emporte haut la main sur toutes tarifications. |